Humanity’s First Exam1850–1940 ⇄ now

1883 · French · France

Ignis

Didier de Chousy

3 selected passages and classifications

Passage 1

On a déjà reconnu la race pseudo-humaine conçue par lord Hotairwell et mise au monde par ses habiles ingénieurs : les Enginemen, ou plutôt les Atmophytes, car cette dernière appellation avait prévalu ; les phytes ruraux, grossiers paysans, aussi inférieurs à leurs collègues de la ville que le valet de ferme qui panse le cheval est inférieur au valet de chambre qui panse l’homme. Ces derniers seulement méritent le nom d’Atmophytes (hommes-vapeur), car on ne saurait appeler animaux ou machines des fac-simile d’hommes aussi ressemblants à leurs créateurs, doués d’une sorte d’âme et de rouages supérieurs à des membres ; hommes de fer et de cuivre, semblables à des scaphandres ou à des chevaliers dans leur armure ; corps en qui la vapeur s’est substituée au sang, dont l’électricité anime le mécanisme si affiné, si subtil, si imprégné de génie humain, qu’il s’immalérialise par lavirtuosité de sa matière, et que ses gestes ressemblent moins à des produits de la force qu’à des manifestations de la vie. Créatures assez parfaites pour inquiéter leurs créateurs, si quelque jour ces êtres étranges dépassant, par leur vitesse acquise, l’étroite frontière où l’intelligence confine à l’instinct, essayaient à leur tour d’escalader le ciel, d’étouffer sur leurs poitrines de bronze leurs maîtres éperdus, et de rendre à leur poussière natale, les idoles d’argile humaine qu’ils avaient prises pour des dieux !

Working English translation

The pseudo-human race conceived by Lord Hotairwell and brought into the world by his able engineers has already been identified: the Enginemen, or rather the Atmophytes, since the latter name prevailed; the rural phytes, crude peasants, as inferior to their urban colleagues as the farmhand who tends the horse is inferior to the valet who tends the man. Only the latter deserve the name Atmophytes (steam-men), for one could not call animals or machines such facsimiles of men, so much do they resemble their creators, endowed with a sort of soul and with mechanisms superior to limbs; men of iron and copper, like divers’ suits or knights in armour; bodies in which steam has replaced blood, whose electricity animates a mechanism so refined, subtle, and imbued with human genius that it becomes immaterial through the virtuosity of its matter, and whose gestures resemble less products of force than manifestations of life. Creatures perfect enough to alarm their creators, if one day these strange beings, surpassing through acquired speed the narrow frontier where intelligence borders on instinct, should in turn try to climb the sky, crush their distraught masters against their bronze breasts, and return to their native dust the human clay idols they had taken for gods!

The passage presents engineered agricultural beings as human-like creations with a sort of soul and life-like intelligence, rather than merely animals or machines. It then warns that their developed capacities could carry them beyond their creators and allow them to overpower humanity. Their origin as designed labourers also frames mechanization as a possible route to human displacement and loss of control.

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Passage 2

Le feu central, Monsieur le Comte, est, par nature et par destination, un patrimoine indivis entre l’humanité, un feu d’intérêt commun, qui ne peut être la proie du premier occupant, parce qu’il est déjà occupé. [...] Ces prémisses établies, il en découle la conséquence que l’exploitation du feu terrestre ne saurait être le monopole d’une compagnie, d’un royaume, d’un continent ; qu’elle ne peut être légitimement entreprise que d’un commun accord entre les ayants droit, après une enquête de commodo et incommodo, à la suite d’une conférence internationale d’hommes spéciaux qui, pour s’éclairer des lumières acquises par les travaux déjà faits, se réuniront en Irlande, et siégeront soit à l’orifice, soit au fond du puits commencé. Ces mandataires de tous les pays feront à chacun la part du feu, détermineront le mode de sa jouissance, fixeront sa quotité disponible suivant l’étendue des territoires, et partageront également le dessous des mers, au prorata des continents.

The novel stages a counter-case to private technical extraction: a shared planetary resource requires collective governance, inquiry, and distribution.

Ignis (1883), scan pp. 175–176

Passage 3

— La science doit avoir des limites ? objectai-je en vue de me rassurer. — La science n’a pas de limites, répondit l’ingénieur Archbold. La science est le progrès (progressus) ; la marche en avant, sans halte, sans terme. [...] — C’est une terre cuite, dit à son tour Hatchitt, une terre finie, qui s’effrite, se craquelle, manque de corps et tombe en miettes, une taupinière qu’on éparpillerait dans l’espace, avec un coup de pied de vigueur appropriée ; une terre malade, malpropre et malsaine, qui deviendra moins habitable à mesure que les chemins de fer, les bateaux à vapeur, les puits de feu et les usines, s’étant multipliés, se joindront plus activement aux volcans et aux poitrines humaines, pour exhaler l’oxyde de carbone et l’acide carbonique, que n’absorberont plus les forêts défrichées. L’atmosphère terrestre deviendra aussi obscure qu’un brouillard de Londres, et le genre humain, à tâtons, périra asphyxié dans cette fumée ; ou pis encore, il ne périra pas ; il s’étiolera dans l’étisie, la cachexie et la fièvre.

By juxtaposing limitless-progress rhetoric with an exaggerated industrial ecological collapse, Chousy stages a rejection of technological harmlessness and a warning of civilizational decline.

Ignis (1883), scan pp. 183–186

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80,534 words

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