Humanity’s First Exam1850–1940 ⇄ now

1862 · French

Du principe vital et de l'ame pensante

Francisque Bouillier

2 selected passages and classifications

Passage 1

Sans doute, la conscience nous apprend que nous pensons; si nous ne pensions pas, nous ne saurions pas que nous existons. Mais elle nous apprend en même temps qu’il y a en nous, ou plutôt que nous sommes nous-mêmes, un principe essentiellement actif, cause et sujet de la pensée, sans lequel la pensée elle-même n’existerait pas. Cette prise de possession de soi-même, ce redoublement sur soi, cette opposition du moi à ce qui n’est pas moi, condition essentielle de toute pensée, n’exigent-ils pas nécessairement un sujet doué d’activité, activité qui n’est pas moins présente à la conscience que la pensée elle-même et qui ne peut s’en séparer? Mais, après avoir considéré l’âme humaine dans ce qu’elle a de commun avec toutes les autres âmes, il faut la considérer aussi dans ce qu’elle a de spécial, sa prééminence infinie, et, à proprement parler, sa spiritualité. Il faut distinguer, en effet, l’immatérialité de la spiritualité. De cela seul que l’être de l’âme est cause et force, sans aucun rapport de ressemblance avec l’étendue et la figure, avec rien qui puisse se représenter aux sens et à l’imagination, de cela seul qu’il est essentiellement actif, un et identique, il suit que l’âme est immatérielle. Partout où il y a l’activité essentielle avec l’unité, il y a l’immatérialité; toutes les âmes sans exception, celles des animaux et celles des plantes, toutes les forces de la nature sont immatérielles. Mais cette immatérialité n’est que la base de la spiritualité et non la spiritualité elle-même. La spiritualité, c’est l’immatérialité accompagnée de certains attributs, de la liberté et de l’intelligence. L’âme, telle que la conscience nous la révèle, n’est donc pas seulement une force soi-mouvante, un primum movens, mais une force qui se sait agissante, qui est maîtresse d’une partie de ses actions, une force intelligente et libre. Voilà ce que l’âme humaine possède en propre, voilà ce qui lui appartient à l’exclusion de toutes les autres âmes. […] Qu’est-ce donc que l’âme, et qu’est-ce que la spiritualité? L’âme est une force, une force motrice, une force intelligente et libre. La spiritualité commence où commence l’intelligence; elle a pour base l’activité essentielle et l’unité, elle a pour couronnement l’intelligence et la liberté.

Working English translation

Consciousness undoubtedly teaches us that we think; if we did not think, we would not know that we exist. But at the same time it teaches us that there is within us—or rather, that we ourselves are—an essentially active principle, the cause and subject of thought, without which thought itself would not exist. This taking possession of oneself, this turning back upon oneself, this opposition of the self to what is not the self, which is an essential condition of all thought—do these not necessarily require a subject endowed with activity, an activity no less present to consciousness than thought itself and inseparable from it? But after considering the human soul in what it has in common with all other souls, we must also consider what is distinctive in it: its infinite preeminence and, properly speaking, its spirituality. Immateriality must indeed be distinguished from spirituality. From the mere fact that the being of the soul is cause and force, bearing no resemblance to extension or figure, or to anything that can be represented to the senses and the imagination; from the mere fact that it is essentially active, one, and identical, it follows that the soul is immaterial. Wherever essential activity is joined with unity, there is immateriality. All souls without exception—the souls of animals and plants—and all the forces of nature are immaterial. But this immateriality is only the basis of spirituality, not spirituality itself. Spirituality is immateriality accompanied by certain attributes: freedom and intelligence. The soul, as consciousness reveals it to us, is therefore not merely a self-moving force, a primum movens, but a force that knows itself to be acting, that is master of some of its actions, an intelligent and free force. This is what the human soul possesses as its own and what belongs to it to the exclusion of all other souls. […] What, then, are the soul and spirituality? The soul is a force: a motive force, an intelligent and free force. Spirituality begins where intelligence begins; its basis is essential activity and unity, and its culmination is intelligence and freedom.

Bouillier grounds thought in an essentially active, unified, self-knowing subject. Intelligence and freedom make the human soul spiritual, so neither can be reduced to an arrangement of material parts.

pp. 15–16, 28–30

Passage 2

L'âme, telle que la conscience nous la révèle, n'est donc pas seulement une force soi-mouvante, un primum movens, mais une force qui se sait agissante, qui est maîtresse d'une partie de ses actions, une force intelligente et libre. Voilà ce que l'âme humaine possède en propre, voilà ce qui lui appartient à l'exclusion de toutes les autres âmes. Nous ne voulons pas dire qu'elle ne puisse exister sans avoir conscience d'elle-même, sans exercer l'intelligence et la liberté, mais nous disons que toujours elle contient ces perfections, sinon en acte, au moins en puissance, ce qui suffit pour qu'en tout état, et quand elle ne les a pas encore, et quand elle les a momentanément perdues, elle garde sa prééminence sur toutes les autres âmes qui nous sont connues. Qu'est-ce donc que l'âme, et qu'est-ce que la spiritualité ? L'âme est une force, une force motrice, une force intelligente et libre. La spiritualité commence où commence l'intelligence ; elle a pour base l'activité essentielle et l'unité, elle a pour couronnement l'intelligence et la liberté.

Bouillier distinguishes merely self-moving force from human spirituality: conscious intelligence and freedom make the soul more than a mechanism's activity.

Part I, chapter 1, “De la nature de l'âme,” pp. 28–30

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126,120 words

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